Nés dans l’Espagne rurale des années 60, les teleclubs ont apporté aux villages isolés une fenêtre unique sur le monde à travers la télévision. Au cœur des Canaries, ces lieux sobres mais emblématiques ont évolué, devenant des centres sociaux et culturels où la mémoire collective se mêle au quotidien.
Qu’est-ce qu’un « teleclub » ?
Définition : de la salle de télévision rurale au centre socioculturel
Au départ, le teleclub est une idée née entre 1964 et 1968, imaginée pour installer la télévision là où elle n’existait pas encore, surtout dans les villages isolés d’Espagne.
Dans les faits, un teleclub c’était :
- une salle commune équipée d’un poste de télévision, rare et convoité à cette époque
- un espace où les habitants pouvaient se retrouver
- parfois, un coin lecture ou une petite bibliothèque
- occasionnellement, une salle polyvalente pour organiser ateliers, projections ou festivités locales
Le projet, initié par le régime franquiste, visait autant à divertir qu’à diffuser un message officiel via Televisión Española. On y suivait l’actualité, des émissions éducatives, des films, ou les grandes cérémonies nationales.
Avec le temps, ces salles se sont transformées en véritables centres socioculturels. De nombreux villages y tenaient des activités pour enfants, des réunions associatives et divers ateliers. Pour beaucoup, le teleclub est rapidement devenu le centre névralgique de la vie sociale.
Pourquoi ces édifices ont fleuri dans les îles Canaries
L’essor des teleclubs dans les Canaries s’explique par l’isolement extrême de certains villages : hameaux en altitude à Gran Canaria ou bourgades reculées à El Hierro ou La Gomera.
Dans les années 60, la télévision était aussi inaccessible que la connexion internet aujourd’hui :
- la plupart des foyers n’avaient aucun poste
- capter le signal relevait du défi
- rejoindre la ville voisine demandait de longues heures
Les autorités locales, les cabildos insulaires, ont donc porté ces projets, épaulées par le pouvoir central. Résultat : des dizaines de petits bâtiments publics ont fleuri jusque dans les coins les plus reculés. Ils faisaient office de fenêtres grandes ouvertes sur le monde.
Aujourd’hui, lors d’un road trip dans l’archipel, il n’est pas rare de croiser d’anciens teleclubs. Certains ont été réhabilités en centres culturels, d’autres sont en friche. Tous racontent l’histoire de villages rassemblés, autrefois, autour d’un unique écran.
Traits architecturaux communs
Visuellement, les teleclubs partagent beaucoup de points communs :
- bâtiments rectangulaires, peu élevés
- toits plats, dans le style local
- façades blanchies à la chaux pour réfléchir la lumière
- fenêtres horizontales, plutôt rares
On aperçoit parfois sur les murs d’anciens symboles :
- plaques TVE
- inscriptions du Ministère de l’Information et du Tourisme
- écussons officiels fanés
Ces édifices, véritables fossiles de l’histoire télévisuelle, illustrent la progression lente de la modernité dans les coins les moins accessibles de l’archipel.
Carte et localisation des teleclubs encore repérables à Lanzarote
Panorama général village par village
En traversant Lanzarote, les teleclubs dessinent une sorte de carte secrète de l’île. Ils surgissent souvent au centre des villages, près de l’église ou de la place principale, comme des totems de la convivialité passée.
À Montaña Blanca, le teleclub forme le cœur du village, tout de blanc vêtu, avec ses volets verts et sa petite place où se déroulent encore les grandes fêtes et les soirées devant la télévision.
À Güime, le bâtiment est discret, presque blotti entre deux maisons. Les murs usés témoignent de son usage intensif.
Le teleclub de Tiagua, entouré de champs et de moulins, incarne une ambiance rurale distincte. On imagine volontiers les travailleurs des champs s’y retrouvant en soirée.
À Mácher, le teleclub a pris des airs de salle polyvalente ; restauré mais fidèle à son plan d’origine, il garde l’esprit des grandes salles de village.
À Tao, l’endroit est quasi confidentiel : un refuge pour les habitants du cru, sans animation tapageuse.
À Yaiza, le teleclub s’insère naturellement dans le village, servant aujourd’hui de lieu de réunion pour associations et activités culturelles.
Enfin, à Haría, la façade du teleclub se devine entre les palmiers. Il fait partie de l’ambiance unique d’un village peuplé d’artistes et de marchés.
Mini-carte interactive / liste GPS + état de conservation (fonctionnel, abandonné, reconverti)
Pour localiser ces lieux lors d’un séjour à Lanzarote, voici un guide pratique avec coordonnées et état actuel :
| Village | Coordonnées GPS | État de conservation |
|---|---|---|
| Montaña Blanca | 28.973N, -13.607W | Fonctionnel, très animé |
| Güime | 28.960N, -13.615W | Partiellement utilisé |
| Tiagua | 29.030N, -13.655W | Fonctionnel, usage local |
| Mácher | 28.939N, -13.693W | Reconverti en salle polyvalente |
| Tao | 29.022N, -13.613W | Structure préservée, activité faible |
| Yaiza | 28.953N, -13.764W | Fonctionnel, usage associatif |
| Haría | 29.145N, -13.497W | Fonctionnel, souvent animé |
Sur le terrain, le plus simple reste de combiner Google Maps avec un brin de flânerie. Tapez “Teleclub + nom du village” et explorez les environs à pied. Le mot “Teleclub” est souvent encore lisible sur les façades.
En fin de journée, une simple promenade suffit pour voir quels teleclubs restent le centre névralgique du lieu.
Teleclub vedette : focus sur celui de Montaña Blanca
Le teleclub de Montaña Blanca occupe une place particulière sur l’île. Initialement, il rassemblait tout le village pour suivre les matchs, les informations et les émissions familiales.
Une habitante se souvient des soirées passées ici enfant, accompagnée de sa grand-mère avec des papas arrugadas encore fumantes. “C’était comme un deuxième salon, partagé par tout le village”, résume-t-elle.
Aujourd’hui, il reste remarquablement préservé. À l’intérieur :
- un bar associatif
- des tables où l’on joue encore aux cartes ou aux dominos
- une grande salle pour les réunions et ateliers du quartier
Lors des fêtes locales, le teleclub bat son plein : repas collectifs, musique, discussions qui dérapent tard dans la nuit. Loin des zones touristiques, ce lieu offre un accès privilégié à la Lanzarote authentique.
Les teleclubs, témoins du Lanzarote pré-touristique (1960-1975)
Contexte socio-économique : avant l’arrivée de César Manrique et des charters
Avant l’essor du tourisme de masse, Lanzarote vivait pratiquement en vase clos. L’économie reposait en grande partie sur l’agriculture pluviale : vignes, pommes de terre, orge, poussant sur un sol volcanique capricieux.
Cette économie de subsistance poussait bon nombre d’habitants à s’exiler, surtout vers le Venezuela, appelée alors la “huitième île”. Les départs étaient souvent définitifs, motivés par la pauvreté rurale et l’absence de perspectives.
Avec l’apparition de la télévision, la donne change tout à coup. Découvrir Madrid ou la Lune sur un écran, dans une île sans tourisme ni routes, tenait presque du spectaculaire. Les teleclubs prennent alors toute leur importance.
Rôle pivot dans la vie quotidienne insulaire
Dans chaque village, le teleclub devenait la fenêtre sur l’extérieur. La salle, modeste, offrait bien plus qu’un programme du soir.
- Lors de la retransmission du premier pas sur la Lune, le silence était total, partagé entre incrédulité et émerveillement.
- Les matchs du Real Madrid créaient un vrai vacarme intergénérationnel.
- Un soir par semaine, la salle se métamorphosait en ciné-club : westerns, drames, films mexicains… et débats houleux à la sortie.
Mais ces lieux servaient aussi de salle d’alphabétisation pour adultes, de cadre discret aux premiers échanges politiques de la transition démocratique, où la parole se faisait soudain plus libre.
Au fond, le teleclub représentait l’âme même du village : on y partageait savoir, rêves et espoirs.
Comment le boom touristique a marginalisé puis sauvé certains teleclubs
L’explosion touristique des années 70 a peu à peu déplacé la vie vers le littoral : infrastructures, emplois, population. Beaucoup de teleclubs ont alors été désertés, parfois jusqu’à la fermeture.
Dans les années 80, de nombreuses salles sont alors tombées dans l’oubli, envahies par la poussière et les télés hors service.
Récemment, on assiste à un regain d’intérêt : voisins, associations ou municipalités se sont mobilisés pour redonner vie à certains teleclubs. On y voit aujourd’hui des concerts, des ciné-clubs, ou des ateliers d’enfants, souvent financés par des fonds européens ou des initiatives locales.
Ce sont des lieux précieux pour qui cherche à comprendre le Lanzarote d’avant les resorts et les piscines.
Visiter un teleclub aujourd’hui : mode d’emploi et bonnes pratiques
Ce qu’il reste à voir in situ
Passer la porte d’un teleclub, c’est voyager dans le temps. Beaucoup conservent :
- d’anciennes fresques murales : footballeurs, scènes rurales, slogans érodés
- un mobilier typique en formica
- des antennes paraboliques rouillées sur le toit, témoins de l’époque satellite
On tombe parfois sur un vieux poste cathodique, des affiches locales jaunies, un petit comptoir usé où le café reste imbattable.
Ce mélange de passé et de présent offre une ambiance unique.
Conseils pratiques pour les voyageurs curieux
Avant de partir, vérifiez les horaires. Souvent, les teleclubs sont ouverts en soirée ou le week-end et fonctionnent comme bar ou petit resto.
Une fois sur place :
- consommez au moins une boisson ou une tapa (les prix sont en général symboliques)
- saluez en entrant, même rapidement : un “hola, buenas tardes” facilite le contact
- discutez avec les anciens : ils seront souvent ravis de partager souvenirs et anecdotes
Le début de soirée est souvent le meilleur moment pour sentir l’animation du village.
Respect et préservation : comment contribuer
Un teleclub fonctionne sur un budget minime géré par le quartier ou la commune. Pour soutenir ces initiatives :
- laissez un petit pourboire
- demandez s’il existe une caisse soutenant les activités
- proposez d’apporter des photos anciennes ou nouvelles pour enrichir les archives locales
Certaines municipalités mettent en place des plateformes pour recueillir documents et photos du patrimoine.
Enfin, respectez le lieu : ne touchez pas aux objets anciens, demandez avant de photographier les personnes et tenez compte de la tranquillité des habitués.
Autres traces du passé pré-touristique à combiner dans l’itinéraire
Pour prolonger l’expérience autour du patrimoine local, prévoyez aussi de visiter :
- les salines de Janubio, paysages colorés racontant l’époque où le sel était une ressource vitale
- les anciens fours à chaux, vestiges circulaires témoignant de la fabrication traditionnelle de chaux
- les aljibes, citernes anciennes essentielles dans une région aride
Assembler ces étapes, c’est offrir une immersion totale dans la Lanzarote d’avant le tourisme.
FAQ sur les teleclubs
Un teleclub est-il classé comme monument ?
Ce n’est pas systématique. Parfois, ils sont protégés comme patrimoine historique ou ethnographique, sinon ils conservent un statut de bâti communal. Rapprochez-vous de l’office du tourisme pour vérifier.
Peut-on encore regarder la télévision dans un teleclub ?
Dans certains, oui : l’ancien poste a fait place à un écran plat pour les matchs ou les actualités. Dans d’autres, la télé n’est qu’un souvenir et le lieu sert surtout de bar ou de salle de réunion.
Sont-ils accessibles aux personnes à mobilité réduite ?
L’accessibilité varie beaucoup : marches à l’entrée, sanitaires étroits… Les teleclubs rénovés sont parfois équipés de rampes, mais mieux vaut se renseigner en amont auprès de la mairie ou du bar du village.
Les teleclubs restent de précieux témoins d’une modernité discrète et d’un lien social fort, toujours perceptibles dans les villages canariens malgré l’évolution du temps.
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