Sorti en décembre 2017, Seule la terre est le premier long métrage de Francis Lee. Le réalisateur britannique offre une peinture, qu’il souhaitait authentique, de sa région natale, le West Yorkshire. Une terre pauvre et désolée, mais une terre qui est la seule richesse des agriculteurs locaux.

Fils d’un éleveur, Francis Lee rend hommage à la terre de son père. Il imagine ce qu’aurait pu être sa vie s’il ne l’avait pas quittée pour étudier à Londres. Les images sont dures, parfois brutales, mais toujours vraies et empreintes de tendresse.

Johnny travaille dans la ferme familiale où il vit avec sa grand-mère et son père. Il apparaît taciturne et aigri. On comprend rapidement que son père est malade et ne peut plus s’occuper de son exploitation. Il donne des ordres et veille à ce que son fils exécute les tâches en suivant ses consignes. Le jeune homme, bien que compétent, déçoit souvent sa famille et l’inquiète. Il voudrait apporter un peu de modernité et de vie dans son quotidien, ce que ses aînés, garants de la tradition, voient d’un mauvais œil. Le soir, il se rend au pub. Parfois, il a des aventures sans lendemain avec des hommes de passage.

L’arrivée d’un saisonnier roumain, Gheorghe, va bouleverser sa vie en le confrontant à ses émotions, dans un monde de taiseux où seuls le travail et les bêtes comptent. Alors qu’ils quittent la ferme quelques jours pour réparer les murets des paddocks, les deux jeunes gens se rapprochent et débutent une relation passionnelle.

Ce passage du film fait évidemment penser au Secret de Brokeback Mountain. Pourtant, le traitement de la ruralité et de l’homosexualité est radicalement différent. Le cinéma gay se renouvelle. Les thématiques qui lui semblaient attachées sont reléguées au second plan, signe d’une évolution de la société et des mentalités.

Il n’est pas question d’homophobie. Certes, la famille de Johnny est d’abord déstabilisée en découvrant cette liaison. Cependant, ce qui préoccupe la grand-mère et le père n’est pas tant l’homosexualité du jeune homme mais la distraction que représente cet amour naissant qui le détourne de ses tâches quotidiennes.

Seule la terre est avant tout un film sur la transmission d’un savoir-faire agricole. C’est le portrait d’une paysannerie traditionnelle qui se meurt, oubliée du monde moderne. Les images et le son se veulent réalistes. On sent la boue, le fumier, la pluie, le brouillard, le froid… On voit les poules picorer en gros plan. Le quotidien simple, sans fioriture. La vie telle qu’elle est.

C’est un film sur la relation complexe d’un père malade, dont les jours sont comptés, et de son fils qui l’accompagne, comme dans cette scène émouvante où Johnny lave son père qui vient d’être victime d’un A.V.C. C’est un film sur un fils qui cherche à concilier sa quête du bonheur et le respect qu’il a pour la tradition. C’est un film sur un fils qui refuse de sacrifier sa vie mais souhaite tout de même suivre les traces de son père. Garder la terre, la chérir mais s’en affranchir pour être aussi, exister.

L’homosexualité n’est plus ici constitutive d’une identité propre. Elle est là, simplement. Le réalisateur s’attache plus à la naissance de l’amour et du couple. Il montre cet instant intense et fragile où deux êtres construisent une vie commune en apportant chacun leurs forces, leurs faiblesses, leurs blessures. Ce moment où tout peut basculer par incompréhension de l’autre.

Mathieu

Auteur Mathieu

Mathieu aime l’écriture, les mots et les idées. Il veut toujours apprendre et explorer de nouveaux horizons. Son cynisme le conduit sans cesse à interroger son mode de vie et celui de ses contemporains. Humaniste, bien que parfois misanthrope, il reste entier et attaché à ses valeurs, se débattant avec ses contradictions.

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