livreDans cet ouvrage, Marc Dugain, romancier, et Christophe Labbé, journaliste d’investigation, nous livre une enquête sur notre futur. Pas d’extra-terrestres ni de super-volcans, il ne s’agit pas d’une fiction d’anticipation. Ce livre n’a pas eu l’écho qu’il méritait. Il faut le lire car il lance une alerte importante. Notre monde est sur le point de basculer et l’information est la force.

Les deux auteurs ont enquêté sur les big datas . Au fil des pages, ils nous invitent à prendre du recul et à assembler les pièces d’un puzzle aussi titanesque que monstrueux afin de distinguer plus clairement la stratégie des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et de Microsoft. Ce qui semble être paranoïa devient alors logique et prend sens.

Soyons clairs, à l’heure actuelle, votre vie privée n’intéresse personne tant que vous ne menacez pas directement et publiquement les intérêts des GAFA. C’est votre profil de consommation qui vaut de l’or. Google et Facebook, à travers leurs différents services, nous ont vendu un rêve : celui de la liberté et de la gratuité.

Cette gratuité sur internet existe bel et bien dans le monde du libre, qui s’appuie sur la collaboration et le développement des compétences informatiques des utilisateurs qui deviennent constructeurs et prennent part à l’élaboration des outils numériques. Mais les GAFA n’appartiennent pas à ce monde. Ce sont des entreprises privées à but lucratif qui protègent les codes de leurs logiciels propriétaires.

Nous avons été leurrés par excès de naïveté. C’était trop beau, il faut se l’avouer. La liberté a bien un prix : la monétisation des données collectées sur nous, parfois à notre insu. En nous facilitant l’accès à internet et en proposant des outils complexes à travers des interfaces simples, les GAFA nous ont piégés. Notre incompétence informatique nous a rendus prisonniers d’une toile qui n’a jamais aussi bien porté son nom qu’aujourd’hui.

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On craignait Big Brother et nous n’avons pas vu arriver Big Mother. Les GAFA nous infantilisent et nous déresponsabilisent. Ils s’occupent de nous et se montrent prévenants en devançant nos désirs et nos besoins. Le réfrigérateur connecté qui gère tout seul son stock et passe commande à votre place est déjà une réalité technique et s’invitera bientôt chez nous. La domotique est en pleine expansion et les objets connectés sont de plus en plus nombreux. Elle se pare d’une noble intention émancipatrice alors même qu’elle menace notre libre-arbitre et nous enferme. Si votre réfrigérateur s’occupe de tout, où est votre liberté de changer ? De découvrir de nouveaux produits ? Le changement inattendu de nos habitudes de consommation remettrait en cause la pertinence des informations vendues sur nous par les GAFA. Le développement de l’intelligence artificielle permet à nos appareils d’apprendre et de s’adapter à nous. Le smartphone qui vous rappelle vos rendez-vous, anticipe les embouteillages, vous signale que vous n’êtes pas là où vous avez l’habitude d’être, est déjà dans nos poches. Il pense à notre place. D’ailleurs, les neurosciences constatent un important bouleversement dans le développement de l’humanité : notre intelligence régresse et notre cerveau se soulage en faisant d’internet un prolongement de nos connexions neuronales.

SmartwatchIl convient donc de s’interroger au lieu de se ruer sur les outils qui nous sont proposés. Ainsi, le développement des applications liées au domaine de la santé analysent nos déplacements, notre manière de nous brosser les dents, nos habitudes alimentaires, etc. Et si demain notre mutuelle achetait ces informations pour conditionner nos remboursements ?

Dans l’ombre, les GAFA nouent des relations avec les agences de renseignement et les institutions militaires. Ils participent notamment au développement des armes technologiques de demain. Big Mother protège ses petits et détermine des comportements anormaux. Ainsi, dans le monde de la surveillance, remonter une foule dans le sens inverse de la marche est jugé suspect et attire l’attention des caméras. Certains États américains ont déjà franchi le pas de la criminalisation des intentions. Google nous avait prévenu : don’t be evil…

Pour les GAFA, notre temps de connexion, c’est de l’argent. Il faut donc sans cesse innover pour que nous ne nous lassions jamais et que nous demeurions captifs, derrière nos écrans. N’avez-vous jamais reçu un mail de rappel lorsque vous avez été absent d’un site internet de manière insolite ? Plus nous passons de temps à naviguer sur la toile, plus nous enrichissons la banque de données. Les GAFA ont donc promu l’idée du revenu universel. Si l’idée séduit et donne déjà lieu à des expérimentations, l’intention est loin d’être philanthropique et humaniste.

L’humanisme, l’histoire et notre héritage gréco-romain sont également menacés par les GAFA. Ils donnent trop de clés pour déchiffrer et interroger le projet de société que ces entreprises construisent. Le mythe de la caverne, par exemple, ne peut-il pas être fructueux lorsque la pensée l’utilise pour considérer le monde de Google. Voir des villes et des paysages sur Google Earth ou visiter virtuellement un musée, est-ce connaître le monde ou est-ce avoir l’illusion de sa connaissance ? Quant à l’histoire, la considération du passé est perçue comme une activité vaine. Dans le monde numérique, ce qui nous tient en haleine, c’est l’actualité, le buzz, la course effrénée à l’information la plus récente. La vie ne devient qu’une succession d’instants présents, l’un chassant le précédent de notre mémoire.

Les GAFA s’intéressent donc à l’éducation. Elles développent des outils éducatifs et veulent remplacer les livres par des applications sur tablettes. Pourtant, les dirigeants de ces entreprises mettent à l’abri leurs enfants dans des écoles privées Montessori qui bannissent le numérique et invitent les enfants à renouer avec leur corps et leur environnement.

Au-delà de la culture, en perdant nos compétences informatiques et en préférant être des utilisateurs passifs, c’est la créativité qui est assassinée. Or, la force créatrice de l’humanité est ce qui la pousse à évoluer et à s’émanciper.

Privé de culture, de créativité et de passé, l’homme est à présent nu. C’est là qu’intervient un courant de pensée pour soutenir philosophiquement les GAFA : le transhumanisme. L’humain, tel que nous le connaissons actuellement, serait dépassé. Le numérique et la technologie sont désormais en mesure de créer un être humain augmenté dans une réalité augmentée. Les GAFA et les transhumanistes prônent l’utilisation des nano-robots et des puces électroniques implantés. Le but ultime est de dompter la mort, de rendre l’humain immortel. L’éthique est balayée d’un revers de main au nom du libéralisme et du droit de chacun de pouvoir choisir de repousser la mort.

C’est également au nom du libéralisme que la caste des dirigeants du numérique affirme désormais ouvertement que la démocratie et l’État sont des idées dépassées qui brident l’innovation par leur frilosité sur le plan éthique. Big Mother n’est pas démocrate. Elle instaure une dictature douce. Elle achète notre asservissement en nous promettant le confort, l’inutilité de penser ou de gérer, et enfin l’immortalité. Une dictature d’autant plus douce qu’elle n’est pas institutionnalisée sur le plan politique.

Au contraire, elle ne se risque pas à l’impopularité de la gestion étatique. Elle en laisse le soin à des dirigeants politiques fantoches qu’elle connaît bien, puisqu’elle les espionne comme les autres, et qu’elle a les moyens de faire chanter. Elle reçoit même le soutien des présidents des États-Unis. Il faut dire que Big Mother est américaine et qu’elle donne donc le pouvoir aux États-Unis en soumettant le monde entier à son empire, notamment par l’acculturation. De plus, l’oligarchie des dirigeants des GAFA accomplit et fait vivre l’American dream.

Fatalité ? Peut-être… Mais ne tombons pas dans le piège. Ne nous dénudons pas : ne perdons ni notre culture, ni notre passé. L’histoire nous donne la clé.

Résister.

Mathieu & Samuel

Auteur Mathieu & Samuel

Nous sommes un couple gay, fusionnel, uni par l’amour, par notre goût pour la culture et par nos indignations communes. Libertaires et écologistes, nous sommes attachés à défendre un monde plus juste, plus humain et plus respectueux du vivant. Notre nouveau défi : devenir digital nomads et parcourir les routes d’Europe en van aménagé !

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  • saùm dit :

    Avec la censure, aujourd’hui, de la photographie de « la fille au napalm », les big data (en l’occurrence facebook) commencent à montrer leur vrai visage : celui de censeurs et d’entreprise au comportement douteux.

    La photographie a été censuré pour « contenu pornographique ».
    Le monde entier, ou presque, connaît cette photographie. Qui penserait au sexe en la voyant ??? Qui ???
    Hé bien facebook !
    Cela en dit long sur la conception qu’à la big data.
    Primo, elle pratique de manière unilatérale et sans discernement la censure. Il faut rappeler que son auteur a obtenu le prix Poulitzer avec cette photo, la plus grande distinction qu’un journaliste puisse espérer. Nous sommes loin d’une approche sexuelle !
    Secundo, ce qui est pire, elle participe à une réécriture de l’histoire et particulièrement auprès des jeunes. C’est très grave ! facebook tente de modeler l’histoire selon sa volonté ! Il s’agit d’un mode de fonctionnement digne des plus sévères des dictatures !
    C’est d’ailleurs en ce sens que des voix se sont déjà élevées et plusieurs personnalités ont décidé de poster cette photographie sur facebook (dont la 1ère ministre norvégienne) et de déposer des plaintes à l’encontre de facebook.

    A ces arguments, j’ajouterais le dégoût que m’inspire la décision de facebook qui montre ainsi un esprit pervers et salace en pensant que cette photographie véhicule quelque chose de sexuel. C’est profondément malsain et répugnant.

    Je ne saurais trop conseiller de poster cette photographie sur votre mur facebook. Bien sûr, elle sera censurée. Mais si facebook se met à censurer tous ses utilisateurs, cela va vite poser un problème à ses annonceurs …

    Au-delà, j’invite à quitter facebook, qui devient une entreprise incontrôlée, incontrôlable et donc dangereuse pour moi, nous, vous, la société !

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