Aujourd’hui, nous nous sommes rendus à San Andrés, près de Trubia, à l’ouest d’Oviedo. Nous avions pour projet de voir les trois cascades del Guanga. Ce village se trouve sur la Senda del Oso, ainsi nommée car on peut y croiser des ours sauvages qui, poussés par la gourmandise, viennent notamment se nourrir de cerises au printemps et de pommes en automne. Si l’idée de croiser l’animal est excitante, lorsqu’on est sur place c’est peu rassurant.

Une arrivée mouvementée

A notre arrivée dans le village, Fermín a déclenché une vague d’aboiements et trois chiens de chasse nous ont encerclés. Ils se tenaient à distance mais nous ont escortés pendant un long moment.

Nous étions tellement stressés par la situation que nous n’avons pas vu les panneaux qui indiquaient le point de départ de la randonnée. Nous avons tourné en rond pendant un long moment avant de demander notre chemin à un homme âgé du village. Dans un espagnol au fort accent asturien, il nous a expliqué comment se rendre à l’une d’elle.

En chemin, nous croisons une dame plus jeune et lui demandons confirmation. Elle nous indique la même route et nous explique que deux de ses vaches se sont enfuies et qu’elles doivent être dans le coin. Elle nous demande de bien vouloir les rabattre vers elle si nous les croisons. Nous avions à peine parcouru une dizaine de mètres que nous tombons dessus. Nous appelons l’agricultrice. Elle part en courant récupérer ses bêtes et nous demande de l’aider en restant à l’entrée d’un petit chemin pour leur barrer la route.

Nous nous improvisons bouviers, munis de nos bâtons de marche. A notre hauteur, une des vaches saute par-dessus une clôture et s’enfuit dans une pâture. L’abuelo arrive par le chemin que nous gardons avec détermination. Nous lui expliquons la situation et il nous dit qu’ils courent après ces deux vaches depuis une heure déjà. Il en profite pour nous réexpliquer la route des cascades del Guanga, et, encore une fois, nous ne comprenons qu’un mot sur deux. Fermín s’éclate et irait bien récupérer la récalcitrante. Soudain la vache surgit, saute sur la route et rejoint sa comparse de fugue.

Faux espoir

Nous poursuivons donc notre chemin et découvrons un sentier à droite, comme l’avait dit l’abuelo. Après quelques mètres dans une épaisse forêt de châtaigners. Nous apercevons ce qui semble être une cascade. Mais nous sommes à un palier. Nous ne trouvons pas de sentier pour descendre. Mathieu part en éclaireur en laissant son sac pour voir s’il est possible de continuer à grimper.

On s’enfonce dans la terre humide, le chemin est escarpé, les pierres sont glissantes et il faut se hisser sur des abreuvoirs aménagés le long de la chute du ruisseau.

Déçus et échaudés par la difficulté du parcours, nous rebroussons chemin et décidons de nous rendre de l’autre côté du village pour trouver les deux autres cascades del Guanga.

Enfin, nous apercevons les panneaux !

Une ascension peu rassurante

Nous nous engageons donc confiants, mais fatigués, sur ce qu’on croyait être le bon chemin. Très vite, nous nous rendons compte que la randonnée n’est pas balisée et qu’on doit emprunter un chemin de chèvres étroit. De multiples ruisseaux nous entourent. L’eau coule de toutes parts à San Andrés.

Le chemin ne cesse jamais de monter. Lorsqu’on finit par sortir de la forêt, nous nous retrouvons sur des rochers de la montagne.

Le sentier se rétrécit encore. On n’a plus que la place de mettre ses pieds. A gauche, c’est le vide. Le vertige nous prend. Nous craignons que le chien ne tombe mais il se révèle plus agile que nous. Nous entendons la cascade, alors après un moment d’hésitation nous poursuivons tout de même. On s’enfonce à nouveau dans la forêt et au bout de quelques mètres, une des cascades del Guanga apparaît. Nous la surplombons. Prudemment, nous descendons par un chemin accidenté. Des visiteurs ont laissé une corde attachée à un arbre.

Enfin, nous profitons du spectacle. La peur et le stress gâchent néanmoins un peu le plaisir.

Après un moment de pause, nous cherchons la suite de la randonnée. Il n’y a aucune balise et nous sommes épuisés. Pourtant nous avons dû faire à peine deux kilomètres (no tenemos ni puta idea, cela nous a paru une éternité mais l’aller-retour ne nous a pris qu’une heure et demi). Lassés, nous décidons de retourner à la voiture. Tant pis pour les autres cascades del Guanga. Nous nous sommes vraisemblablement trompés de chemin car ce que nous avons vu ne ressemble pas aux photos des cascades del Guanga trouvées sur internet. Il faudra y revenir, une autre fois…

Une rencontre inattendue et émouvante

Un peu avant l’entrée du village, quelques mètres avant le retour à la civilisation, nous rencontrons Victor, un jeune retraité qui, déçu par les hommes, vit en communion avec la nature et un peu en marge de la société.

Nous l’interrogeons sur l’étrange installation qui borde la clôture de son terrain. Partout, des objets en plastique sont suspendus dans la haie. Il nous explique que les autres habitants disent de lui qu’il est fou et qu’il pratique la sorcellerie. La bêtise de ses voisins l’amuse autant qu’elle le désespère alors il continue.

Victor est tout sauf fou. Il a créé cette installation pour faire réfléchir les randonneurs et les touristes indélicats. Jours après jours, il a ramassé tous ces objets dans la montagne. Il espère qu’ainsi certains visiteurs prendront conscience du désastre causé par ces déchets abandonnés là négligemment et bien souvent volontairement.

Victor n’est pas fou, au contraire. C’est un homme très cultivé. Il nous parle de l’histoire des Asturies, de la politique, de Macron qu’il n’aime pas beaucoup, lui qui aurait voté Mélenchon s’il avait été Français, de la corruption des socialistes espagnols, du franquisme, du fascisme d’hier et de celui d’aujourd’hui, de l’accueil des migrants…

Victor doit s’en aller. Il nous conseille de profiter de la journée qui n’est pas encore terminée : Mejor hoy que mañana Ses mots résonnent comme ceux d’un sage qui détaché des hommes a eu le temps de les observer, de nous comprendre, de réfléchir au sens de la vie… Nous sommes émus.

On se serre chaleureusement la main, c’est comme si on se serrait fort avec nos bras. On ne se reverra pas, mais on sait que pour lui comme pour nous, c’est une rencontre qui compte. Une de celles, très rares, qu’on n’oublie jamais, quand l’autre est moi. On a parlé un peu moins d’une heure ensemble. On ne sait rien de lui et on ne se connaît pas, mais on se reconnaît et c’est bien suffisant.

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Visuel pinterest cascada del guanga

Mathieu & Samuel

Auteur Mathieu & Samuel

Nous sommes un couple gay, fusionnel, uni par l’amour, par notre goût pour la culture et par nos indignations communes. Libertaires et écologistes, nous sommes attachés à défendre un monde plus juste, plus humain et plus respectueux du vivant. Notre nouveau défi : devenir digital nomads et parcourir les routes d’Europe en van aménagé !

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