Des permanences de parlementaires saccagées, des tentatives d’incendies, des activistes vêtus de noir, des A cerclés dessinés sur les murs… Il n’en faut pas plus pour les médias et la classe politique dirigeante : c’est l’œuvre d’anarchistes ! C’est certain, seuls les anarchistes savent taguer des A sur les murs… Et les épithètes angoissantes pleuvent alors : des anarchistes « violents », « criminels », « qui sèment le désordre », « mettent en péril la démocratie »… Tant pis pour le manque de précision et les clichés. Il faut que le téléspectateur tremble d’effroi. L’essentiel est de raviver son fragile esprit républicain, quitte à véhiculer des idées reçues et des préjugés sur l’anarchisme à l’aide d’un discours qui sent l’obscurantisme rance. Alors, déconstruisons ensemble les idées reçues sur l’anarchisme.

1. L’anarchie, c’est le désordre et l’absence de lois.

Le mot anarchie vient du grec ancien ἀναρχία (anarkhia) qui signifie absence de pouvoir, d’autorité, de commandement. L’absence de lois est en réalité l’anomie.

Les anarchistes ne prônent ni le désordre, ni l’anomie. Ils rejettent simplement toute forme d’autorité extérieure qui gouvernerait un individu en lui dictant sa conduite. Mais l’anarchisme n’est pas le chaos car il repose sur l’autonomie, c’est-à-dire la faculté de chaque individu à se responsabiliser et s’autodiscipliner.

Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu… Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Pierre-Joseph ProudhonIdée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle

2. L’anarchie conduit donc à l’individualisme et à la loi du plus fort.

Les anarchistes, également appelés libertaires, sont attachés à la liberté mais aussi à l’égalité. Ils ont un sens aigu de la justice et refusent tout autant d’être dominés et exploités que d’être dominants et exploitants.

Par conséquent, ils sont anticapitalistes. C’est d’ailleurs ce qui différencie les libertaires des libertariens qui eux sont capitalistes. Le libertarianisme se divise en deux branches principales : d’une part les anarcho-capitalistes, qui sont pour l’abolition de l’État mais qui contrairement à ce que suggère leur nom ne sont pas anarchistes puisqu’ils sont capitalistes, d’autre part les minarchistes qui souhaitent réduire les fonctions de l’État à sa mission sécuritaire, à savoir le contrôle de la population et le maintien de l’ordre public. Le projet libertarien aurait de quoi effrayer les gens mais il est peu connu du grand public. Cela permet d’ailleurs à certains de ses adeptes de le diffuser dans la société. Vous les connaissez certainement, ils se nomment Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Larry Page…

L’anarchisme n’est pas la loi du plus fort car il repose sur la fraternité et l’égalité. Pour les libertaires, c’est le capitalisme qui repose sur la loi du plus fort. Il engendre intrinsèquement inégalités et injustices, ce qui conduit au désordre. Aussi, le désordre, c’est le capitalisme, pas l’anarchisme.

Par ailleurs, le refus de dominer et d’exploiter a conduit de nombreux anarchistes, dès le XIXème siècle, à introduire dans leur philosophie des considérations écologiques, végétariennes et antispécistes.

3. Mais on ne peut pas nier que les anarchistes utilisent la force et la violence.

Il est vrai que certains anarchistes considèrent l’emploi de la violence comme une légitime défense face aux oppresseurs, parmi lesquels ils comptent l’État. Il y a donc bien eu dans l’histoire des actes violents voire terroristes perpétrés par des anarchistes.

Toutefois, tous les anarchistes ne cautionnent pas la violence et certains sont pacifistes. Cela vient du fait que certains anarchistes sont révolutionnaires alors que d’autres, comme la plupart des anarchistes individualistes, sont réformistes.

4. En fait, il y a autant de courants anarchistes que d’anarchistes…

Chaque libertaire perçoit l’anarchie à travers le prisme de sa propre expérience. Toutefois, il existe des valeurs communes : la liberté, l’égalité, le rejet de l’autorité et de l’exploitation.

L’anarchisme se divise ensuite en deux courants principaux :

  • le socialisme libertaire, ou anarcho-socialisme, qui promeut la révolution puis l’autogestion coopérative de la société et des moyens de production. Il se divise en trois branches : l’anarcho-communisme (Kropotkine), le collectivisme libertaire (Bakounine) et l’anarcho-syndicalisme.
  • l’anarchisme individualiste (Stirner et E. Armand) qui ne croit pas à la révolution des masses et préconise de vivre son anarchisme de manière individuelle. Le changement de la société viendra de la diffusion des initiatives individuelles menées par les anarchistes pour mettre en accord leurs idées et leurs actes. L’anarchiste individualiste rejette l’idée qu’un groupe social puisse limiter sa liberté et prône la libre association temporaire des individus.

5. Les valeurs de l’anarchisme sont contraires à celles de la République.

Les anarchistes partagent les mêmes valeurs… « Liberté, égalité, fraternité » sont les fondements de l’anarchisme.

Toutefois, les libertaires considèrent que la République a mis en place une démocratie bourgeoise qui repose sur le libéralisme et le capitalisme, sources d’inégalités, d’injustices et de désordre. L’État, dont le gouvernement est depuis toujours aux mains d’une élite bourgeoise, est chargé de maintenir et protéger cette organisation politique et économique.

Ainsi, suite au massacre perpétré par l’État pour mettre fin à la Commune, des libertaires commettent une vague d’attentats. L’État réprime alors fortement l’anarchisme en votant les « lois scélérates » en 1893 et 1894. Elles étouffent ce courant de pensée car elles interdisent la propagande libertaire, censurent sa presse et permettent l’arrestation de nombreux anarchistes. C’est d’ailleurs pour cette raison que le mot « anarchiste » est dès lors fréquemment remplacé par le terme « libertaire ». Il faudra attendre 1992 pour que ces lois soient abrogées !

C’est pour cette raison que, dans l’imaginaire collectif, il ne reste de l’anarchisme que l’idée réductrice de violence et de terrorisme.

On peut également noter que l’histoire enseignée dans l’école républicaine passe sous silence les idées, l’action et le rôle des anarchistes.

6. L’anarchie est une utopie.

L’anarchie n’est pas une utopie car elle a déjà été exercée avant d’être fortement réprimée. L’exemple le plus célèbre est celui de la Révolution espagnole de 1936. De nombreux villages et quelques villes, notamment dans les provinces du nord et de l’est, ont mis en place des organisations anarchistes. Cela reste encore aujourd’hui un modèle et une référence.

Par ailleurs, en 1871, de nombreux anarchistes ont participé à la Commune de Paris et y ont fait appliquer une partie de leurs idées.

Mai 68 et le mouvement hippie ont aussi permis l’émergence de communautés organisées de manière anarchiste.

Enfin, plusieurs peuples autochtones sont encore aujourd’hui anarchistes.

Si tu veux en savoir plus sur l’anarchie, nous te recommandons de suivre la chaîne très créative de l’école du chat noir.

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Mathieu et Samuel

Auteur Mathieu et Samuel

Nous sommes un couple gay, fusionnel, uni par l’amour, par notre goût pour la culture et par nos indignations communes. Libertaires et écologistes, nous sommes attachés à défendre un monde plus juste, plus humain et plus respectueux du vivant. Notre nouveau défi : devenir digital nomads et parcourir les routes d’Europe en van aménagé !

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