Ça a commencé comme une plaisanterie lancée un soir d’été à l’apéro, entre deux verres. « Et si on quittait tout pour devenir digital nomads ? » Tout quitter, remettre les compteurs à zéro, reprendre notre vie en main, vivre enfin en accord avec nous-mêmes. Donner du sens au fait de se lever le matin. L’idée était séduisante, alors on a creusé le sujet même si on ne se doutait pas que cela nous emmènerait si loin aujourd’hui. Premier bilan au bout de 6 mois.

Travailler grâce au numérique

Nous ne regrettons pas d’avoir quitté la ville pour vivre à la campagne. En revanche, depuis dix ans maintenant, nous avons accumulé les kilomètres et la fatigue. Nous nous levons à 5h30 presque tous les jours. Sous nos yeux, les cernes se sont installés et nous nous sommes habitués à leur présence. Chaque jour, la routine. Bien minutée. Se préparer sans traîner puis effectuer de longs trajets pour rejoindre nos boulots respectifs, sans autre motivation que manger à la fin du mois.

Chacun de nous a connu un burn out et nous nous trouvons désormais tous les deux en épuisement professionnel. Le mal du siècle a des causes bien identifiées mais la société ne semble pas encore suffisamment mûre pour les traiter.

Samuel a bien réussi à obtenir quelques jours de télétravail mais cela ne compense pas les énormes distances qu’il doit parcourir les autres jours. Quant à Mathieu, après son burn out, il a entrepris de se former seul, grâce aux MOOC, aux métiers de webdesigner et de rédacteur web.

C’est ainsi que l’idée a germé. Nous ne voulions plus être salariés et nous souhaitions pouvoir travailler depuis n’importe quel endroit.

Créer une micro-entreprise

Nous avons maintenant trois autres sites et nous travaillons activement à leur développement. Le but est de les monétiser afin de pouvoir en vivre et de quitter nos emplois actuels.

Mathieu travaille donc sur un blog dédié à l’enseignement et à la création d’une plateforme de e-learning. Samuel, de son côté, entreprend de construire un blog qui s’intéresse à l’histoire de l’art et à l’actualité de l’art contemporain. Il s’appuiera sur une chaîne Youtube. Nous nous formons donc à l’activité de vidéaste. Et on investit dans du matériel. Devenir digital nomads, c’est un budget… Mais c’est à portée de main alors on y croit et on fait tout pour y parvenir. Devenir digital nomads, c’est aussi un état d’esprit.

Petit à petit, le projet prend vie. On grimpe des marches, les unes après les autres. Même si c’est parfois frustrant, on prend le temps de faire les choses correctement. Ce changement de vie est un coup de poker, que nous jouons seuls, main dans la main. C’est notre choix, notre projet de vie.

On essaie de ne pas se préoccuper du scepticisme ou des réticences des autres. On écoute toutefois leurs conseils et on tient compte de leurs avis.

Mathieu a créé sa micro-entreprise. Il ne gagne pas encore d’argent mais cela nous met au pied du mur. Maintenant que nous avons le casque et le baudrier, nous ne pouvons plus reculer, il faut escalader. Se saisir des prises les unes après les autres, se faire un chemin et avancer.

Trois ans devant nous

Il y a dix ans, nous achetions une longère.

Pourquoi 3 ans ?

Il y a dix ans, nous avons acheté une longère à la campagne. Nous avons choisi une grande maison que nous espérions vivante. Nous devions y fonder une famille mais les enfants ne sont pas venus et le temps a eu raison de ce projet. Après 8 années de procédure pour adopter, nous avons fini par renoncer. 8 années d’entretiens psychologiques et sociaux, 8 années de paperasses, 8 années de listes d’attente… C’est long, surtout quand on n’est pas certain d’aboutir.

Nous étions peut-être un peu trop en avance sur notre temps, et certainement trop respectueux de la loi. Alors, nous avons pris la décision d’arrêter et nous nous sommes mariés.

Cette maison, nous l’avons achetée dans une région qui n’était pas la nôtre et que nous n’avons pas réussi à aimer. Elle ne nous a pas adoptés et notre seul désir est maintenant de lui échapper. Mais il y a un hic. Avec la crise, notre longère a perdu la moitié de sa valeur. Piégés par le capitalisme financier et la spéculation, nous devons maintenant plus à la banque que ce que vaut notre bien immobilier. Nous nous sentons prisonniers de notre maison, prisonniers de ses murs. Dans trois ans, enfin, nous pourrons vendre au prix du marché. Nous ne rentrerons pas dans nos frais, nous ne ferons pas de plus-value, mais nous pourrons partir sans dette.

Dans trois ans, nous serons libres de repartir à zéro. Cette échéance s’impose donc à nous. En attendant, nous conservons nos emplois et nous préparons l’après…

Une envie d’ailleurs

Avant de rencontrer Mathieu, Samuel a beaucoup voyagé en Asie, en Amérique et en Europe. Il garde de très bons souvenirs de ses voyages et des rencontres qu’ils lui ont permis de faire. Il aimerait voyager à nouveau et faire découvrir à Mathieu tous ces pays qu’il aime tant.

Mais nous nous sommes mis des entraves, sans vraiment y penser. Le crédit immobilier d’abord, puis les animaux : le chien, les chats, les poules, et même des ânes dont nous avons dû nous séparer à regret…

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Samuel et notre âne Ugolin dans le jardin.

Mathieu de son côté a peu voyagé. Il connaît surtout l’Espagne mais rêve depuis plusieurs années de se confronter à d’autres cultures, d’autres mœurs. Il sent bien que son mode de vie l’a rendu routinier et frileux. Alors, il voudrait se dépasser, apprendre à se connaître. Le voyage a une dimension initiatique qui l’appelle. Son plus beau souvenir de voyage, c’est notre road trip en Espagne.

Prendre la route

Nous avons d’abord envisagé de faire le chemin de Saint-Jacques à pied, à vélo… Et puis finalement non. Trop compliqué, trop de contraintes liées au travail. Il fallait quelque chose de plus radical. Là encore, nous avions besoin d’être au pied du mur.

Parallèlement, il est devenu de plus en plus difficile pour nous de trouver des gîtes pour partir en vacances avec Fermín à cause de ses angoisses de séparation. Il détruit tout quand nous le laissons seul et il se sauve lorsque nous le laissons dans le jardin d’un gîte.

Nous avons donc pensé à acheter un van pour voyager plus sereinement avec lui. Cinq mois plus tard, nous faisions l’acquisition d’un Trafic L2H1 que nous avons confié à un aménageur professionnel et que nous récupérerons dans deux ou trois mois.

Au cours de nos recherches, nous avons découvert les vanlifers, des gens qui ont tout quitté pour vivre en van et voyager à plein temps. Cela nous a séduits. C’est peut-être là que se trouve la clé du bonheur pour nous. Une vie sans attache, sur les routes, en dehors de la société. Une vie consacrée à exister plutôt qu’à travailler. Être libres. Avoir moins pour être plus.

Peu à peu le projet se construit. Nous envisageons de plus en plus sérieusement un road trip à travers l’Europe. Nous serions digital nomads. On vivrait grâce à nos activités sur internet et au wwoofing. Il s’agit de travailler bénévolement dans des fermes qui pratiquent l’agriculture biologique. En échange, les hôtes offrent le gîte et le couvert.

Apprendre le minimalisme

Moins on est, moins on manifeste sa vie. Plus on a, plus on aliène sa vie.

Karl MarxManuscrits de 1844

En réfléchissant à l’aménagement puis à l’équipement de notre van, nous avons dû nous interroger sur ce qui nous était nécessaire pour vivre au quotidien. Nous nous sommes aperçus que nous pouvions en réalité nous contenter de peu.

Il y a déjà longtemps que nous avons adopté un mode de vie alternatif. Nous prenons en compte l’écologie dans notre manière de consommer depuis de nombreuses années et nous avons adopté un régime quasi végétarien depuis bientôt trois ans. Nous sommes peu sensibles aux sirènes du marketing et de la société de consommation. A vrai dire, cela nous répugne et nous avons pris l’habitude de nager à contre-courant.

Cela tombe bien car vivre en van implique de faire l’impasse sur le superflu. Il y a peu d’espace et il est important de ne pas l’encombrer. D’autre part, il convient de surveiller le poids des équipements afin de ne pas dépasser la charge maximale admise par le véhicule.

Nous entreprenons donc de désencombrer notre maison. La vente de ces nombreux objets et meubles accumulés depuis des années nous permet de financer le van et son aménagement. Par ailleurs, si nous décidons au bout de ces trois années de partir sur la route, il sera préférable d’avoir peu de biens à stocker.

On a commencé par trier nos livres et nos vêtements. Pour ce qui est des meubles et des objets, c’est plus compliqué. Pour l’instant, on vend ce qui ne nous sert pas et la maison regorge d’objets oubliés qui prennent la poussière. On garde toutefois ceux qui ont une valeur sentimentale… S’en détacher prend du temps et demande un travail sur soi-même. Nous avons donc encore des scrupules pour le moment. Chi va piano, va sano.

Voilà, vous savez tout, ou presque, sur notre projet. Vous comprenez certainement mieux pourquoi nous sommes moins disponibles qu’avant. Tout cela demande beaucoup de travail.

Nous espérons que vous nous suivrez dans cette belle aventure qui commence et que nous partagerons avec vous ici et sur les réseaux sociaux.

Mathieu & Samuel

Auteur Mathieu & Samuel

Nous sommes un couple gay, fusionnel, uni par l’amour, par notre goût pour la culture et par nos indignations communes. Libertaires et écologistes, nous sommes attachés à défendre un monde plus juste, plus humain et plus respectueux du vivant. Notre nouveau défi : devenir digital nomads et parcourir les routes d’Europe en van aménagé !

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