Ce film, sorti en février 2018, a été réalisé par Luca Guadagnino, d’après un roman d’André Aciman et un scénario écrit par James Ivory, le réalisateur de Maurice.

Elio, adolescent âgé de 17 ans, grandit dans une famille bourgeoise, bienveillante et lettrée. Il joue brillamment du piano et fait preuve d’une intelligence remarquable. Fils d’un universitaire spécialisé dans la culture gréco-romaine et d’une traductrice germanophone, il a visiblement reçu une éducation humaniste.

Comme chaque année, au cours de l’été 1983, la famille se rend dans les Alpes italiennes où elle possède une villa. Elio s’ennuie un peu, dort, lit, joue de la musique, flirte avec une jeune voisine nommée Marzia.

Un jour, Oliver, un doctorant américain invité par le père d’Elio, vient les rejoindre. Le jeune homme et l’invité partage alors une salle de bain qui communique avec leurs chambres respectives. Peu à peu, de l’intimité et des corps dénudés sous la chaleur italienne naît le désir.

Sur le papier, ce film gay ressemble à tous les autres : deux jeunes gens se découvrent, s’apprivoisent, tombent amoureux. L’un découvre sa sexualité, l’autre est plus expérimenté et le guide. C’est l’été, période des amours aussi intenses qu’éphémères. La famille est là, son regard aussi, et la discrétion s’impose…

Bref, si ces films ont un certain charme, on se lasse tout de même d’une trame narrative revisitée jusqu’à l’usure.

Call me by your name évite cependant cet écueil en prenant parfois le contre-pied du topos. Ainsi, on nous épargne le misérabilisme social. Ces deux jeunes gens appartiennent tous deux à la bourgeoisie et leur amour, contrairement à ce qu’on voit dans de nombreux films, n’a pas à surmonter les écarts de valeurs. De même, bien que l’action se situe au début des années 1980, le sujet du SIDA est volontairement absent. En outre, l’homophobie parentale l’est tout autant. Les parents d’Elio se montrent discrets mais ne sont pas dupes de ce qui se passe sous leur toit. Oliver freine les ardeurs de son jeune amant mais plus pour se montrer respectueux vis-à-vis de ses hôtes que par peur du scandale que produirait le coming-out de leur fils.

Par ailleurs, ce film est un hommage à la culture classique. Il porte à l’écran l’archéologie, la littérature, la musique et même la danse.

Ainsi, les déplacements des personnages dans une chambre exiguë, alors qu’ils sont sur le point d’avoir leur premier rapport sexuel, semblent presque chorégraphiés. Les corps se cherchent, se fuient, s’attirent finalement.

Tout semble maîtrisé, équilibré, ni trop, ni trop peu.

L’érotisme est soigneusement effleuré. L’acte est sublimé par le choix de suggérer au lieu de montrer, notamment dans la très symbolique scène de la pêche…

Ce film, tout entier, est une ode aux humanités qui portent en elles la poésie, l’amour et la beauté.

Mathieu

Auteur Mathieu

Mathieu aime l’écriture, les mots et les idées. Il veut toujours apprendre et explorer de nouveaux horizons. Son cynisme le conduit sans cesse à interroger son mode de vie et celui de ses contemporains. Humaniste, bien que parfois misanthrope, il reste entier et attaché à ses valeurs, se débattant avec ses contradictions.

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